Saint Sylvestre
30 décembre 2007 at 22:56 | In Légendes, | Françoise | 2 Comments
Maso di Banco. Miracle du Pape Sylvestre (fresque, vers 1340)
Qui était saint Sylvestre ?
Il est bien difficile de faire la part entre la réalité et les légendes qui entourent la vie de saint Sylvestre. On ne connaît pas la date de sa naissance. Il est, d’évidence, né avant l’an 314 de notre ère, date à laquelle il a été fait Pape. On est plus sûr de la date de sa mort : le 31 Décembre 335.
C’était le fils d’un romain nommé Rufinus (cf. Liber pontificalis, Duchesne, I, 170), et d’après l’ouvrage Vita beati Sylvestri (qui s’apparente plus à une « légende dorée » qu’à une biographie), sa mère se nommait Justa.
Arrivé à l’âge adulte il donne, très généreusement, l’hospitalité aux chrétiens de passage à Rome. Il fait preuve de courage, car à cette époque les chrétiens sont encore persécutés. Un jour il reçoit Timothée d’Antioche, renommé pour avoir converti beaucoup de personnes au christianisme. Il l’héberge une année durant, année pendant laquelle Timothée va prêchant la Bonne Parole dans la cité. Timothée fait de nombreux convertis, ce que ne peuvent tolérer les autorités romaines. Timothée est arrêté sur ordre du préfet Tarquinius et décapité.
Sylvestre emporte le corps du martyr et l’enterre près du tombeau de saint Paul, dans le jardin de Dame Théona, puis il fait brûler les maigres biens du malheureux. Dénoncé au préfet, il est accusé d’avoir gardé pour lui ce qui appartenait à Timothée. Il répond que celui-ci « ne lui a laissé comme héritage que sa foi et son courage ». Le préfet le condamne à mort et ordonne qu’on l’emprisonne en attendant l’exécution. Sylvestre dit alors à Tarquinius : « Homme sans cœur, cette nuit tu rendras compte devant Dieu ». Le soir même Tarquinius s’étrangle avec une arête en mangeant du poisson, et meurt étouffé. On libère Sylvestre.
En 311 Maxence accède au pouvoir. C’est le premier empereur romain qui tolère la nouvelle religion. Il fait cesser les persécutions contre les chrétiens, et autorise l’élection d’un nouveau pape. Miltiade est élu et occupe le trône de saint Pierre de 311 à 314. Il ordonne Sylvestre prêtre.
En 312, Constantin, gouverneur de la Gaule et de la Grande-Bretagne, après avoir chassé Maxence devient empereur sous le nom de Constantin Ier, dit le Grand. Constantin n’est pas chrétien, mais constatant les progrès de la nouvelle religion, devenue alors la plus pratiquée dans l’empire, il prend le parti de se rallier les chrétiens pour consolider son pouvoir. En 313, il publie à Milan un Édit de tolérance. En 314 Sylvestre est élu pape.
La tradition médiévale (notamment dans la Légende dorée) attribue la conversion de Constantin à Sylvestre : L’empereur étant affligé de la lèpre (maladie incurable à l’époque), Sylvestre lui dit qu’il serait guéri s’il se faisait baptiser. Constantin accepte, guérit et déclare le christianisme religion de l’Empire.
Pendant ses vingt-deux ans de pontificat, Sylvestre organise les services rendus aux pauvres. Il prescrit aux prêtres et aux diacres de porter le colobium (tunique flottante et sans manches). Il fait des dimanches et des jeudis des jours de fête, des mercredis, vendredis et samedis des jours de jeûne. On lui attribue quantité de miracles, entre autres d’avoir ressuscité un taureau et dompté un dragon…
Il meurt à un âge avancé le 31 Décembre 335. Il est enterré à Rome, dans le cimetière de Sainte-Priscille sur la Via Salaria.
Déméter
30 octobre 2007 at 5:00 | In Légendes, | Gilles | No CommentsÀ l’approche de l’hiver, j’ai pensé rappeler cette explication mythologique des saisons.
Déméter (Cérès, chez les Romains) était la déesse de la fertilité et de l’agriculture, qui provoquait la germination, particulièrement celle du blé. Tout fruit, toute pousse, chaque plante, légume ou arbre étaient sous son influence. Elle était très liée à sa fille Perséphone, qu’elle eut avec Zeus (Jupiter). Là où ça devient intéressant, c’est que les anciens Grecs expliquaient le phénomène des saisons par des querelles de famille chez les dieux.

Hadès (Pluton, chez les Romains) et ses deux frères, Jupiter et Neptune, régnaient sur le monde, comme vous savez : Jupiter sur la Terre et les cieux, Neptune sur la mer et Pluton sur le monde souterrain, les cavernes, etc. Bon. Je passe tous les autres dieux pour en arriver à Cérès (ou Déméter) et à sa fille Perséphone.
Hadès voulait une épouse. C’est normal. Je passe les péripéties et vous dis tout de suite que Hadès a enlevé Perséphone (certaines versions disent avec son consentement et tous les égards, après tout elle devenait reine d’un tiers du monde, d’autres disent sans). Quand Perséphone eut été enlevée par Hadès, la peine de Déméter fut si grande qu’elle négligea ses pouvoirs sur les végétaux ; les plantes cessèrent de pousser, la famine s’installa sur la Terre.
Désolé de cette situation, Zeus demanda à son frère Hadès de rendre Perséphone à sa mère. Hadès accepta, mais avant de relâcher la jeune femme, il lui fit manger des graines de grenade, qui la forceraient à revenir chez lui trois mois chaque année. C’est le point crucial de l’explication, vous le sentez ?
Toute à sa joie d’avoir retrouvé sa fille, Déméter fit produire à la Terre abondance de fleurs au printemps, qui produisirent une grande quantité de fruits et de céréales. Mais son chagrin revenait chaque automne, lorsque Perséphone devait rejoindre son mari Hadès dans son monde. La désolation de la saison d’hiver et la disparition de la végétation étaient considérées comme la manifestation annuelle du chagrin de Déméter quand sa fille devait aller chez son mari.
Une histoire de belle-mère, en somme. Mais chez des gens importants. Et quand même une belle histoire ; plus captivante que les calculs d’inclinaison sur l’axe et de décalage par rapport à l’écliptique, ce qui est notre manière moderne d’expliquer les saisons.
Élaine d’Astolat
9 avril 2007 at 4:35 | In Légendes, | Gilles | 3 Comments
Waterhouse. I am half-sick of shadows, said the Lady of Shalott, 1916
Pour une raison que je ne connais pas, la Dame de Shalott (Élaine d’Astolat est mieux connue sous ce nom de Lady of Shalott, que le poète Tennyson lui a donné pour raison de rimes, bien que son origine remonte au XIIIᵉ siècle italien, où elle s’appelait Donna di Scalotta*) était condamnée à ne voir que les reflets du monde. On dit qu’elle observait les gens (les paysans, les pêcheurs, les bergers et les bergères, les chevaliers errants) grâce à un miroir installé face à sa fenêtre. On lui avait imposé aussi la tâche de tisser une tapisserie (au contraire de Pénélope, qui s’était imposée elle-même cette tâche afin de conserver sa liberté), qui représentait ce qu’elle avait vu. Elle ne se rendit compte que tous ces gens allaient toujours par deux que le jour où elle vit le reflet de Lancelot passer sur son miroir. Seul. Elle ne put résister au désir de se pencher à sa fenêtre pour le voir sans intermédiaire. Aussitôt le miroir se brisa (contrairement à Alice, qui put traverser celui qui se trouvait au-dessus de la cheminée de son salon sans le briser, ni sans conséquences fâcheuses pour elle, à la fin. Mais Alice demeure une enfant), et sa tapisserie fut emportée par le vent d’automne. La Dame quitte alors son château (construit sur une île), et se laisse dériver, dans une barque noire, vers la ville de Camelot, en aval. Des gens trouvent la barque noire, avec la Dame, morte, à l’intérieur.

John William Waterhouse. The Lady of Shalott, 1888
Est-ce au moment où elle se libère de son destin, ou peut-être est-ce au contraire à l’heure où elle l’accomplit ? Personnellement, je pense que ce n’est ni l’un ni l’autre ; elle a fait son choix un peu plus tôt, quand elle a regardé la réalité en face, penchée à sa fenêtre, sous la forme de Lancelot. Et la réalité est un passage du monde de l’enfance, le monde-image, au monde social, la ville de Camelot, puis au non-être. Mais c’est une interprétation.
__________
* Le cento novelle antiche o Libro del bel parlare, nº LXXXI.
Sur John William Waterhouse (1849-1917) et sur Alfred, Lord Tennyson (1809-1892).
Saint Gilles · Histoire
25 mars 2007 at 12:21 | In Légendes, | Françoise | No Comments
Le Maître de Saint-Gilles. La Messe de saint Gilles (vers 1500) - National Gallery
L’Histoire
Une Vie de saint Gilles a été écrite au Xᵉ siècle par un moine de l’abbaye de Saint-Gilles, en Provence. Très succincte, cette Vie n’apporte rien d’utilisable pour faire une biographie vraisemblable du saint ermite. Celle de Guillaume de Berneville, écrite au XIIᵉ siècle, est aussi peu précise.
Il est à noter qu’il y a eu au moins trois saints nommés Gilles :
• Gilles (Ægidius), ermite près de Narbonne, en Septimanie († 710 ou 720)
• Gilles de Santarem, abbé à Coïmbra au Portugal († 1265)
• Gilles, l’un des six premiers compagnons de saint François d’Assise († 1272)
En ce qui concerne saint Gilles (Ægidius), les seuls faits qui semblent avérés sont sa naissance au VIIᵉ siècle, son arrivée en France vers 683 et sa mort vers 710 (ou… 720, selon les sources). En 514, saint Césaire envoie à Rome, auprès du Pape, un notaire accompagné d’un abbé nommé Ægidius. Plusieurs auteurs ont pensé que cet abbé était saint Gilles.
On sait que le site de Saint-Gilles du Gard, en Provence, était peuplé dès l’Antiquité. On y a retrouvé les vestiges d’une importante villa gallo-romaine. Il y a eu par la suite une grande abbaye, fondé au VIIᵉ siècle, qui fut tout d’abord dédié à saint Pierre et saint Paul. On sait également que vers 900, elle ne porte pas encore le nom de Saint-Gilles.
Le monastère (placé sur la route de Saint-Jacques de Compostelle) accueille les pèlerins qui viennent de toute l’Europe, de plus en plus nombreux, prier sur le tombeau de Gilles. Alors qu’on avait tout oublié de sa vie, c’est la notoriété du monastère où étaient conservées ses reliques, qui en a fait un personnage universellement connu.
Gilles est le saint patron des infirmes, des lépreux, des mères allaitantes (par référence à la biche qui le nourrissait de son lait), des maréchaux-ferrants et même des écoliers. La simple invocation de saint Gilles (avec un repentir sincère) effaçe tous les pêchés.
N.B. Le tableau représente la messe donnée par saint Gilles pour “le pardon de Charlemagne”. On remarquera l’ange qui apporte le message, en haut à gauche de l’autel.
Saint Gilles · Légende
24 mars 2007 at 7:31 | In Légendes, | Françoise | No Comments
Le « Maître de Saint-Gilles ». Saint Gilles et la biche (vers 1500).
La légende de saint Gilles
Gilles est né à Athènes au VIIIᵉ siècle. Il montre dès son enfance intelligence et piété. Voyant un pauvre très malade, et n’ayant rien d’autre à donner que sa tunique, il la lui donne. Le malade guérit aussitôt qu’il a le vêtement sur lui. Après la mort de ses parents, Gilles donne tout ce qu’il possède aux nécessiteux.
Un jour, au bord de la mer, il voit un bateau mis en grande difficulté par une tempête. Il se met à prier, et le navire et son équipage sont sauvés. Il est remercié par l’équipage qui lui propose d’embarquer. Il arrive à Rome, et de là part pour Marseille, où il reste deux ans. Recherchant la solitude, il va vivre loin de la ville avec les bêtes sauvages.
Là, Dieu lui “envoie” une biche pour qu’il se nourrisse de son lait chaque jour : Le roi des Goths chassait une biche. Celle-ci se réfugie dans des buissons impénétrables tout près de Gilles. Le roi ne renonce pas et tire une flèche. La flèche blesse Gilles. Le roi tout contrit veut soigner Gilles, et lui offrir un cadeau. Celui-ci refuse assistance et présents, et demande au roi de construire un monastère dont il sera abbé.
Charlemagne demande à Gilles de venir à Orléans prier pour lui : Il a commis un si grand péché qu’il n’ose le confesser à personne. Lors de la messe, un ange apporte un message à Gilles, lequel révèle la nature du péché et promet le pardon.
Gilles part ensuite pour Rome demander la protection du Pape pour son monastère. Puis il meurt une nuit de Septembre.
N.B. Le “Maître de Saint-Gilles” qui a peint Saint Gilles et la biche illustre la Légende Dorée de saint Gilles. Celle-ci ne se souciait guère de la chronologie, ni de la vraisemblance. Il est en effet impossible que Gilles (mort en 710 ou 720) ait pu connaître Charlemagne, né en 742.
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