Pourquoi le 14 Juillet ? (3/3)

18 juillet 2008 at 1:08 | In Fêtes, | Françoise | No Comments

Dès le 26 Juin Louis XVI avait fait venir 20 000 soldats des régiments étrangers près de Paris. Le 27, devant le ralliement du Clergé et d’une cinquantaine de nobles au Tiers, il accepte que les trois Ordres se réunissent et débattent ensemble. Il est à noter que jusqu’à ces derniers jours de Juin, personne en France — ni le peuple, ni les députés — ne remet en cause la royauté.
 
Début Juillet le pain est « hors de prix », il y a des émeutes aux barrières d’octroi¹. Le 8 Juillet, l’Assemblée se déclare Assemblée Constituante. Ce même jour on remarque que le régiment Royal-Allemand campe dans le bois de Boulogne. Quatre autres régiments suisses campent dans le Champ-de-Mars. Provence-infanterie est arrivé aujourd’hui à Saint Denis et le train d’artillerie a été établi à l’hôtel des Invalides, ce qui fait une troupe de près de 30 000 hommes. Les Parisiens ont peur que le ravitaillement de la ville soit empêché d’arriver par les soldats.
 
L’Assemblée aussi s’inquiète de ces mouvements de troupes, mais poursuit cependant ses travaux pour établir une constitution. Le 11 Juillet, La Fayette, propose une Déclaration des droits de l’homme (inspirée de celle des États-Unis) et que celle-ci soit inscrite au début de la Constitution. Poussé par son entourage, Louis XVI, ce même jour, renvoie Necker et plusieurs de ses ministres. La nouvelle de ces renvois se répend dans Paris dès le lendemain.
 
camille
J.B. et P.A. Lesueur, Desmoulins au Palais-Royal, XVIIIᵉ siècle
 
Dans la matinée du 12 Juillet, au Palais-Royal² (où la police ne peut entrer) un député monte sur une table du café de Foy. C’est Camille Desmoulins qui appelle la foule des promeneurs à prendre les armes : Aux armes ! J’arrive de Versailles, Necker est chassé ; c’est le tocsin d’une Saint-Barthélemly de patriotes. Ce soir même tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Une ressource nous reste, c’est de courir aux armes ! La foule répond Aux armes ! Un homme arrache une feuille de marronnier, la met à son chapeau et s’écrie : Il nous faut une cocarde pour nous reconnaître. Celle-ci a la couleur de l’espérance ! Beaucoup l’imitent et la foule se dirige vers le Musée des cires³, Boulevard du Temple. Là, on exige les bustes de Necker et du Duc d’Orleans qui sont voilés de noir puis portés en cortège dans tout Paris. La foule crie, des menaces contre la Cour et les nouveaux ministres fusent. Aux Tuileries, les troupes du Royal-Allemand chargent et tirent sur les manifestants, certains sont blessés, tués même dit-on. L’émeute éclate, des hommes des Gardes-Françaises (corps d’élite de la maison militaire du roi) se rangent aux côtés des Parisiens.
 
Le 13 Juillet, la peur et la colère grandissent, on dit que les troupes royales vont arrêter les députés. Dès une heure du matin, la foule incendie les barrières d’octroi, pille des réserves de blé, les couvents où l’on croit en trouver. On exige à grands cris la baisse du prix du grain et du pain. À trois heures à l’Hôtel de Ville, le prévôt des marchands, Jacques de Flesselles contraint par les électeurs de Paris (qui siègent, contre son gré, à la municipalité depuis le 25 Juin), accepte la tenue d’une assemblée. On décide de créer un comité permanent. On forme une milice bourgeoise (milice urbaine) forte de 48 000 hommes, chargée de rétablir, au mieux, l’ordre. On fait forger 50 000 piques pour armer les hommes. On décide également qu’ils porteront tous une cocarde aux couleurs de Paris (le rouge et le bleu). Mʳ de Flesselle hésite, mais ne donne pas l’ordre d’attaquer la foule. En soirée des électeurs sont délégués pour aller chercher des armes aux Invalides. Le gouverneur refuse.
 
prisebast
Charles Thévenin, La prise de la Bastille, 1793
 
Le 14 Juillet, la suite des événements va “se jouer” au Champ de Mars : De Bésenval (un baron Suisse, courtisan et commandant militaire de la région parisienne et de la garnison de Paris) réunit ses officiers et leur demande si leurs hommes (plusieurs régiments de cavalerie d’infanterie et d’artillerie) seraient prêts à charger la foule pour réprimer l’émeute. Ils répondent tous négativement.
 
À dix heures du matin, les Parisiens en masse (on parle d’une foule de 40 à 50 000 personnes) arrivent aux Invalides. Le gouverneur des Invalides cède à la foule qui emporte tous les fusils et les canons (selon les sources, les chiffres diffèrent : on parle de 20 000 à 40 000 fusils, et de 12 à 20 canons). Une rumeur court alors : il y a de la poudre et des balles à la Bastille. On crie À la Bastille ! Pendant ce temps, une première délégation d’électeurs va demander à Mʳ de Launay, le gouverneur de la forteresse, qu’on distribue balles et poudre à la milice bourgeoise. Une seconde s’y rend un peu plus tard (vers 11h 30). Ils sont tous reçus très aimablement, invités à partager le déjeuner, mais… repartent sans avoir rien obtenu.
 
À l’Hôtel de Ville, un représentant du comité insurrectionnel du Palais-Royal demande des armes à Mʳ de Flesselles qui répond qu’il n’y en a pas. Le délégué ne trouve rien, accuse le prévôt de complicité avec la Cour et exige des explications. Sans répondre Mʳ de Flesselles sort de l’Hôtel de Ville. On l’abat aussitôt d’un tir de pistolet, puis on le décapite (sa tête sera fichée sur une pique et promenée dans les rues. La première, peut-être, à faire cette macabre promenade…).
 
De plus en plus nombreux, les Parisiens attendent devant la Bastille, cette énorme prison symbole du pouvoir absolu. Pourtant, à cette époque, il y a bien peu de prisonniers dans ses murs (un délinquant sexuel, deux fous, quatre faussaires, quelques “droit-commun”. La garde de ces prisonniers est confiée à 110 hommes : 80 sont des invalides de guerre, et 30 sont des gardes suisses. Malgré tout elle coûtait fort cher d’entretien et Necker avait pensé, dès 1784, à la faire abattre⁴).
 
Voyant que les « ambassades » des électeurs n’aboutissent pas, Pierre-Augustin Hulin prend la tête d’un groupe d’hommes, auxquels se sont jointes cinq des six compagnies de Gardes-Françaises. Ils se lancent à l’assaut du bâtiment. Les défenseurs se rendent après quatre heures de combat (on dénombrera une centaine de morts, et autant de blessés chez les assaillants, quatre morts chez les défenseurs). Tous les prisonniers sont libérés, le gouverneur de Launay emmené pour être jugé, mais il est tué par la foule (sa tête subit le même sort que celle de Flesselles).
 
Bien que quelques nobles partent pour l’Angleterre dès qu’ils ont connaissance des faits (le duc d’Enghien, le prince de Condé, le duc de Polignac, le Comte d’Artois, frère de Louis XVI) il semble que le 15 Juillet, à la Cour, on ne réalise guère encore la gravité de la situation quand Necker relate les événements au roi de retour de la chasse. C’est alors qu’aurait eu lieu le fameux dialogue : C’est une révolte ? aurait demandé Louis XVI, et Necker de répondre : Non, Sire, c’est une révolution !
 
Le 16, le roi rappelle Necker comme ministre. La milice bourgeoise prend le nom de Garde Nationale et se met aux ordres du marquis de La Fayette. Le 17, les trois-quarts des députés quittent Versailles pour Paris, avec le roi. Le cortège passe entre les gardes nationaux, on crie Vive la nation ! Le roi est reçu à l’Hôtel de Ville par Bailly, le président de l’Assemblée Nationale devenu maire de la capitale, il lui donne une cocarde de trois couleurs : le rouge et le bleu de la ville de Paris, et le blanc royal. Louis XVI mettant celle-ci à son chapeau, dit tout approuver : la formation de la Garde Nationale, et la nomination de Bailly.
 
Après cette journée, la révolution “court” dans tout le royaume. La Grande Peur va s’emparer des campagnes. Les paysans s’alarment des nouvelles venant de Paris. Des rumeurs font état d’un complot aristocratique (les nobles auraient recruté des brigands pour détruire les récoltes, ils voudraient “confisquer” les réserves de blé pour spéculer sur les prix). Des révoltes éclatent. Partout les paysans attaquent des châteaux et des abbayes, les incendient, tuent et pillent. Ils réclament pour les brûler les chartes des droit féodaux. Ces droits dont ils avaient demandé la suppression dans les Cahiers de Doléances.
 
nottour
Anonyme, J’savois ben qu’jaurions not tour, XVIIIᵉ s.
 
Les nobles qui siègent à l’Assemblée s’inquiètent. Un groupe de députés de Bretagne appelé Le Club Breton a pris pour habitude de se réunir dans un café (le café Amaury à Versailles). Lors d’une réunion, le 3 Août 1789, le duc d’Aiguillon lance l’idée de l’abolition des privilèges seigneuriaux. Le 4 Août au soir, la proposition en est faite à l’Assemblée nationale par le Vicomte de Noailles. Elle est accueillie avec enthousiasme. Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête, l’insurrection trouve son excuse dans les vexations dont il est la victime lance le duc d’Aiguillon. En fin de nuit les droits seigneuriaux et les privilèges ecclésiastiques sont abolis. Tous les Français sont devenus égaux en droits.
 
Après cette séance l’Assemblée nationale constituante délibère, du 20 au 26 août 1789, puis vote le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le 11 Août les décrets sont définitivement rédigés (Ils ne seront appliqués qu’à partir du 17 Juillet 1793).
 
L’Ancien Régime a vécu.
 
__________
1. En 1785 un mur long de 24 km est construit autour de Paris. Appelé mur des Fermiers généraux. À ses portes sont construits des pavillons entre lesquels sont disposées des barrières. Les marchands doivent y payer l’octroi (un impôt) pour pouvoir introduire leurs marchandises dans la ville (ce système existait partout en France, il a perduré à Paris jusqu’après la deuxième guerre mondiale).
2. Le Palais-Royal (situé dans le premier arrondissement de Paris, au nord du palais du Louvre) a été construit en 1624. Avant la Révolution, le duc d’Orléans y habite un certain temps. Après un incendie (en 1773) il le fait reconstruire, et installe dans les jardins boutiques, théâtres, cafés, où les Parisiens viennent se divertir.
3. Le Musée des cires de Curtius.
4. Elle sera démolie dès le 16 Juillet 1789, par Pierre-François Palloy.
 

Pourquoi le 14 Juillet ? (2/3)

16 juillet 2008 at 1:37 | In Fêtes, | Françoise | No Comments

Au début de l’année 1789, le 24 Janvier, paraît le règlement des États Généraux : y sont définies les règles pour la bonne conduite des élections et pour la rédaction des cahiers de doléances qui seront présentés à Versailles. Il désigne les bailliages¹ qui devront recevoir les lettres de convocation des représentants des trois Ordres. Il précise quels seront les électeurs : pour la Noblesse, tous les nobles âgés de vingt-cinq ans seront électeurs. Pour le Clergé tous les évêques et abbés, tous les curés, les chanoines à raison d’un électeur pour dix, les religieux femmes et hommes à raison d’un pour vingt. Pour le Tiers État : dans les villes, les négociants et les corporations seront représentés à raison de deux électeurs pour cent personnes. Dans les campagnes deux électeurs pour cent feux², trois pour deux cents, etc. Ces électeurs doivent se réunir dans la ville principale du bailliage, « résumer » leurs cahiers de doléances en un seul. Ils désigneront ensuite ceux (un quart d’entre eux) qui iront à l’assemblée générale du bailliage où seront finalement élus les députés. Il y aura au total 1139 députés : 270 pour la Noblesse, 291 pour le Clergé, 578 pour le Tiers-État.
 
Le 2 Mai, tous les députés sont reçus par Louis XVI. Ils défilent un à un devant le roi. Celui-ci ne leur adresse pas la parole, ce qui ne manque pas de les désappointer. Le 4 Mai, se déroule la procession du Saint-Sacrement. Louis XVI, toute la Cour et tous les députés y prennent part. La procession est suivie d’une réunion plénière dans l’église Saint-Louis de Versailles. Ces cérémonies inaugurales se terminent le 4 Mai par une messe solennelle en présence de Louis XVI et de tous les députés.
 
Le 5 Mai, l’ensemble des députés se réunit dans une salle de l’Hôtel des Menus Plaisirs à Versailles, où ont été effectués, pour l’occasion, des travaux d’agrandissement.
 
ouvétats
L.-Ch.-A. Couder. Ouverture des États généraux à Versailles, 1789 © RMN
 
La question n’ayant toujours pas été résolue, les députés pensent que le roi va annoncer dans son discours le mode de vote qu’ils devront appliquer : par Ordre ou par tête. Le roi prononce un court discours, et surprend par son ton cassant : les États Généraux se sont réunis de sa volonté, il sera seul juge de ce qui y sera débattu. Le discours du Garde des Sceaux ne donne pas non plus la réponse. Puis vient le discours de Necker qui expose toutes les questions financières, et qui dure si longtemps (presque trois heures) que le roi lui-même, paraît-il, s’endort. Mais ce discours-là n’apporte pas la réponse tant attendue, et rien n’a été dit non plus sur les doléances du peuple, rien sur une possible réforme politique, les députés quittent la séance très déçus.
 
Le 6 mai, le Tiers se réunit dans la même salle, la Noblesse et le Clergé dans deux autres, pour délibérer. Noblesse et Clergé veulent le vote par Ordre ce qui leur donne la majorité, le Tiers le veut par tête, bien sûr. Les délibérations durent plusieurs jours sans que rien ne se décide. Des émissaires du Tiers sont envoyés le 10 Juin, pour demander aux autres Ordres de se rallier. Quelques nobles, et la majorité des curés (plus proches du peuple que le haut clergé et la noblesse) se rallient. Le 12, l’abbé Sieyès propose de sommer les membres des deux chambres privilégiées de se rendre dans la salle des États pour assister, concourir et se soumettre à la vérification commune des pouvoirs. Soixante-dix-neuf députés de la noblesse et tout le Tiers votent pour, le Clergé ne donne pas de réponse. L’ensemble des députés qui ont voté la proposition décide de passer outre et se déclare le 17 Juin Assemblée Nationale, c’est de facto la suppression des trois Ordres et le premier acte révolutionnaire. Le même jour l’Assemblée déclare :
 
Les impôts quoique illégalement établis et perçus, continueraient d’être levés de la même manière que devant, jusqu’au jour où l’Assemblée se séparerait et que passé lequel jour, l’Assemblée entendait et décrétait que toute levée d’impôt qui n’avait pas été nommément, formellement et librement accordée par l’Assemblée, cesserait entièrement dans les provinces du Royaume.
 
Face à cela, contre l’avis de Necker, Louis XVI fait fermer la salle des États Généraux et déclare qu’une séance royale se tiendra le 23 Juin, où les Ordres reprendront leur place. Trouvant la salle fermée le 20 Juin, les députés se réunissent dans l’enceinte du jeu de paume. Sur une proposition de Jean-Joseph Mounier (député de Grenoble, et un des initiateurs de l’Assemblée de Vizille) tous les députés jurent³ chacun à son tour de ne pas se séparer avant qu’une Constitution ait été rédigée et votée.
 
jeupaume
Jacques-Louis David. Le Serment du Jeu de paume (esquisse inachevée), 1793
 
À la séance royale du 23 Juin, Louis XVI ordonne la dissolution de l’Assemblée. Le marquis de Dreux-Brezé, grand maître de cérémonie en avise Bailly, doyen de l’Assemblée. C’est là que Mirabeau se serait écrié : Allez dire au roi, que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !
 
__________
1. Jusqu’à la Révolution le bailliage (ou sénéchaussée) était le territoire administratif placé sous l’autorité d’un bailli (ou d’un sénéchal) chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l’administration au nom du roi.
2. Un feu désignait une famille.
3. Le texte du Serment du Jeu de Paume lu par Jean-Sylvain Bailly (mathématicien, astronome, littérateur) doyen et président de l’Assemblée :
L’Assemblée nationale, considérant qu’appelée à fixer la constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’elle continue ses délibérations dans quelque lieu qu’elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ; Arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront, à l’instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d’eux en particulier confirmeront, par leur signature, cette résolution inébranlable.

Pourquoi le 14 Juillet ? (1/3)

14 juillet 2008 at 7:03 | In Fêtes, | Françoise | No Comments

Quand Louis XVI succède à son grand-père Louis XV (le 10 Mai 1774), la France est un pays prospère. Mais la situation va se dégrader au fil des années. L’État va devoir faire face à de très grandes dépenses pour les interventions militaires en Amérique. Les dépenses de la Cour ne cessent d’augmenter. Les nobles, qui s’endettent de plus en plus pour tenir leur rang à Versailles, tentent par tous les moyens de tirer un maximum de revenus de leurs terres, « ressuscitent » d’anciens droits féodaux. Une succession de mauvaises récoltes va provoquer des disettes et le renchérissement du prix du pain.
 
Les politiques financières de Turgot, puis de Necker n’apportent pas de solution efficace (ils n’arriveront pas à ce que la noblesse accepte de payer des impôts). L’État français est au bord de la banqueroute¹, le roi convoque le Parlement de Paris pour faire enregistrer l’édit demandant un emprunt de 420 millions de livres. Le Parlement se perd en discussions, et le roi pour en finir et imposer son édit, décide (sur le conseil de Loménie de Brienne, surintendant des finances), que la séance du 19 Novembre 1787 sera un lit de justice. Cela ne convient pas aux parlementaires, ils réclament au roi une convocation des États Généraux. Cette demande reçoit le soutien des aristocrates qui, dans leur majorité, espèrent mettre fin à la royauté absolue et récupérer pouvoirs et privilèges anciens. Au début de l’année 1788, la crise s’aggrave : la récolte s’annonce mauvaise, le prix du pain grimpe (il faut se souvenir que le pain était l’aliment principal du peuple), les mécontentements se multiplient en province.
 
Les parlementaires du Dauphiné, accédant à la demande des habitants de Grenoble, viennent à Paris. Le gouvernement les fait chasser de la Capitale, un chancelier royal leur interdit de rentrer dans Grenoble, le peuple se met de leur côté. Le 7 juin, l’agitation est à son comble dans la ville. Le 14 Juin, le gouverneur du Dauphiné envoie la troupe. Les Grenoblois se réfugient sur les toits et bombardent les soldats avec les tuiles.
 
Suite à la Journée des Tuiles les notables de Grenoble et de la région organisent une assemblée au château de Vizille, où se retrouvent des représentants des trois ordres : Clergé (50 représentants), Noblesse (165 représentants) Tiers État (276 représentants). Au cours de l’Assemblée de Vizille, les participants demandent la tenue d’États Généraux du Dauphiné. Ils auront lieu le 21 Juillet, sans l’autorisation royale.
 
Le 8 Août, la situation financière devient telle que le roi accepte de convoquer les États Généraux (qui n’avaient pas été réunis depuis 1614). Ce sera pour le 1ᵉʳ Mai 1789. Brienne démissionne le 25 Août, Necker le remplace. Il va organiser la tenue des États Généraux et accepte, le 27 Décembre, de doubler le nombre des représentants du Tiers (qui représente 95% de la population), mais le vote restera par Ordre (le 29 à Marseille, on demande une nouvelle augmentation du nombre des élus du Tiers et le vote par tête). Louis XVI convoque officiellement² les États Généraux le 24 Janvier. On procède ce même mois à l’élection des représentants.
 
États
Isidore Helman d’après Ch. Monnet, Ouverture des États généraux, 1790.

__________
1. Début 1789 on a enregistré 629 millions de livres de dépenses pour 504 millions de recette.
2. Extrait de la lettre de Louis XVI convoquant les États Généraux :
De par le Roi,
Notre amé et féal. Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons relativement à l’état de Nos finances, et pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de Notre royaume. Ces grands motifs Nous ont déterminé à convoquer l’Assemblée des États de toutes les provinces de notre obéissance, tant pour Nous conseiller et Nous assister dans toutes les choses qui seront mises sous nos yeux, que pour Nous faire connaître les souhaits et doléances de nos peuples, de manière que par une mutuelle confiance et par un amour réciproque entre le souverain et ses sujets, il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’État, que les abus de tous genre soient réformés et prévenus par de bons et solides moyens qui assurent la félicité publique et qui nous rendent à Nous particulièrement, le calme et la tranquillité dont Nous sommes privés depuis si longtemps.
[…]
Donné à Versailles, le vingt-quatre janvier mil sept-cent-quatre-vingt-neuf.
Louis

La Saint-Jean

24 juin 2008 at 1:05 | In Fêtes, | Françoise | 4 Comments

La Fête de la Saint-Jean, ici

Voici l’été depuis le 21 Juin, jour du solstice et jour le plus long de l’année dans notre hémisphère. C’est la célébration de la lumière, des moissons. On fêtait déjà Tammuz (mois de l’été, ainsi nommé du nom l’ancien dieu-berger sumérien Dumuzzi, devenu le dieu sémitique Tammuz) depuis la plus haute antiquité. La tradition des feux de la Saint-Jean qu’on allumait en l’honneur du soleil est au moins aussi ancienne. Cette tradition s’est perpétuée chez les peuples celtes et jusqu’à nos jours. Aux débuts de la chrétienté, l’Église a transposé cette fête païenne le 24 Juin, jour de la Saint Jean-Baptiste.

Du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, la Saint-Jean reste une fête extrémement populaire. Avant la Révolution, dans la nuit du 23 au 24 Juin le roi lui même allumait un feu de la Saint-Jean à Paris. L’Église, aux XVIIIᵉ et XIXᵉ, juge que les feux de Saint-Jean sont trop païens. On les interdits dans certains diocèses. Après le Concordat (1801) Bonaparte déclare la Saint-Jean fête non chômée.

La Saint-Jean est de nos jours, toujours l’occasion de nombreuses festivités, et les feux illuminent joyeusement le ciel d’été dans la nuit du 23 au 24 Juin.

feux
Les Feux de la Saint-Jean d’après Jules Breton (Photogravure)

La Fête de la Saint-Jean, fête nationale là-bas au Québec

La Saint-Jean serait la plus ancienne fête que les Français ont apportée en Nouvelle-France. Il est fait mention de cette coutume, dès 1636, dans les Relations des Jésuites (rédigées par les Jésuites de la Nouvelle-France). Le 24 Juin de cette année-là Monsieur de Montmagny, gouverneur de Québec, fit tirer cinq coups de canon. Au début du XVIIᵉ siècle saint Joseph était le saint patron du Canada. Mais sa fête tombant le 19 Mars, quand l’hiver est encore là, n’en fait pas un jour propice aux réjouissances populaires “à l’extérieur”. Petit à petit la Saint-Jean va prendre le pas sur la Saint-Joseph qui restera une fête exclusivement religieuse.

Le 24 Juin 1834 le journaliste Ludger Duvernay crée une association patriotique canadienne-française à fin d’encourager les Québécois à défendre et sauvegarder leur patrimoine culturel et la langue française. Cette société prend saint Jean-Baptiste pour patron. D’autres sociétés vont peu à peu se créer, dans tout le Québec, sur le même modèle. Après 1838, les répressions qui suivirent le Soulèvement des Patriotes ne permettent pas de célébrer la fête pendant plusieurs années. En 1880, le 24 juin a lieu à Québec une grande célébration où sont conviées toutes les sociétés Saint-Jean-Baptiste francophones du Canada. Le Pape Pie X fait saint Jean-Baptiste patron des Canadiens français, en 1908. En 1925 le 24 juin est déclaré jour férié au Québec.

Après la Révolution tranquille des années 1960 la journée du 24 Juin “se politise”. Un arrêté ministériel du 11 Mai 1977, fait du 24 juin le jour de la Fête nationale du Québec. En 1978, par un arrêté ministériel du gouvernement de René Lévesque, le 24 juin devient officiellement le jour de la Fête nationale du Québec. L’organisation de la fête est confiée à la Société Saint-Jean-Baptiste, puis en 1984 au Mouvement national des Québécoises et des Québécois, dont elle fait partie. La fête est, de nos jours, l’occasion pour les Québécois d’organiser un grand festival culturel. C’est à Québec, la capitale, qu’ont lieu les plus grandes manifestations.

Et l’on allume encore, aussi, là-bas dans la lointaine Amérique, les feux de la Saint-Jean d’été. 

fête
Fête nationale du Québec. Montreal, 24 Juin 2006. Photo Wikipedia
 
 

Page suivante »

Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.