Retrouver ses couleurs

16 avril 2008 at 7:02 | In Sculpture, | Gilles |

Nous avons l’habitude voir les sculptures grecques dans tout l’éclat translucide du marbre. Mais on soupçonnait depuis longtemps, d’après le témoignage de Praxitèle * lui-même rapporté par Pline, et des traces ** de pigments qui adhérent encore de nos jours à quelques-uns de ces chef-d’œuvres, que les sculptures étaient peintes… et de couleurs très vives !
 
Archer
Archer troyen, fronton du temple d’Athéna à Égine et reconstitution.
 
On doit cette perception fausse — c’est-à-dire la blancheur éthérée et comme hors du temps, absolue contraire de l’esprit baroque — de la sculpture antique, surtout grecque, à Johann Winckelmann (1717-1768), le fondateur de l’archéologie moderne. Mais au contraire, les Grecs semblent avoir été beaucoup plus naturalistes, si on peut dire, que la conception que Winckelmann et après lui les Romantiques, s’en faisaient. On n’a qu’à penser aux pièces d’Aristophane. Un choc semblable a été donné aux amateurs d’art du monde entier, après la restauration de la Chapelle Sixtine (de 1981 à 1989, sur l’initiative de la NHK), car l’image consacrée de Michelangelo « terrible souverain de l’ombre », selon une expression de… j’ai oublié qui, a perdu toute pertinence, devant les couleurs retrouvées, pastels ou très vives, des fresques.
 
Sibylle
Michelangelo, La Sibylle de Delphes (1509), voûte de la Chapelle Sixtine, avant et après la restauration.
 
_____
* Quand on demandait à Praxitèle lesquelles de ses œuvres il préférait, celui-ci répondait : « Celles qui sont passées par les mains de Nikias ».
Pline, Histoire naturelle, ch. 35, sec, 133. Nikias était un peintre célèbre qui a vécu vers le milieu du ~IV siècle.
** Voir les travaux de reconstitution de Vinzenz Brinkmann, Bunte Götter, Ausstellung zur Farbigkeit antiker Kunst und zum Phänomen der Farbigkeit in der antiken Literatur, 2003, ce document PDF, et Suzanne Ebbinghaus, Gods in Color, Sackler Galleries, Harvard University, 2007. Le catalogue reproduit plusieurs reconstitutions de statues grecques, crétoises et assyriennes dont on a reconstitué les couleurs ; il est disponible sur le site des musées de l’université Harvard.
 

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