Heures de Berry · Octobre
12 octobre 2007 at 4:44 | In Très Riches Heures de Berry, | Gilles |
Fr. Limbourg / J. Colombe, Les Très Riches Heures de Berry (détail v. 1480), Octobre.
Le mois d’Octobre, comme le mois de Juin montre les travaux des champs sur la rive gauche de la Seine. On voit à l’arrière-plan le Louvre avec au centre le donjon qui abritait le trésor royal et la tour de la Grande Chapelle. Une enceinte longe la rive de la Seine, où on remarque des personnages élégamment vêtus qui se promènent et un autre¹ qui urine contre le mur. D’autres se rendent au château par la rivière, descendent de leurs barques.
Le premier plan illustre les semailles d’automne. Un paysan herse un champ et un autre sème à la volée ; le geste sera encore représenté de manière presque identique par les peintres dans les siècles ultérieurs, par exemple par Millet (Le Semeur - 1850), et par Van Gogh (Le Semeur au coucher du soleil - 1888). On remarque aussi une gibecière laissée en bordure du champ. Un épouvantail présenté sous la forme d’un archer est bien visible, au centre. Les arcs et arbalètes représentaient un armement nouveau à l’époque, et les archers jouaient un rôle de plus en plus important dans les combats, mais les communes devaient les équiper et les entretenir, ce qui les rendit très impopulaires, du moins pendant les périodes de paix. Ils avaient aussi une réputation de lâcheté, à tel point que les corps d’archers communaux furent supprimés en 1480.
Las ! Monseigneur l’arbalestrier,
Gardez bien ce commendement ;
Quant est à moy, par mon serment,
Meurdre ne fis onc qu’en poulaille.²
L’épouvantail, et le monologue dont je cite un extrait ci-haut, sont sans doute une allusion à ces « questions d’actualité » de l’époque. On peut penser aussi que l’épouvantail, qui semble totalement inefficace contre les oiseaux, constitue bien une moquerie. Des pies et des corneilles picorent les grains, malgré l’épouvantail et les filets tendus au-dessus des sillons ; ces oiseaux ne font pas partie des thèmes du monde courtois comme les rossignols, ce qui renforce l’impression de réalisme campagnard — quoi que la ville soit toute proche — qui se dégage de la miniature, de même que les vêtements percés du semeur. Par contraste, les paysans des frères Limbourg étaient plus élégants.
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1. Il a peut-être été ajouté par Jean Colombe, qui a peint tout l’avant-plan, afin d’ajouter une note de réalisme.
2. Anonyme, Monologue du franc archer (v. 1475).
5 commentaires »
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Hello,
Je dois vous dire combien je jouis des illustrations magnifiques. Merci. Et puis c’est bien d’apprendre les histoires.
Ici changement de saison, il faut presque mettre un petit gilet, au moins jusqu’à ce que le soleil sorte et en soirée. Mais aujourd’hui, la grosse boulle de feu… zéro.
Commentaire par Catherine — 13 octobre 2007 #
Hello !
Merci de vos belles illustrations.
Commentaire par Mili — 22 février 2008 #
C’est gentil de votre part, mais les illustrations sont des frères Limbourg !
Commentaire par Gilles — 22 février 2008 #
Merci pour vos illustrations mais pouvez-vous m’envoyez plus d’infos par mail sur les Heures de Berry, plus particulièrement d’octobre. Je dois faire un commentaire sur les différentes couleurs utilisées, sur les personnages, le contexte.
Merci d’avance.
Commentaire par Sarah — 26 mars 2008 #
Sarah,
J’explique le contexte et le rôle des personnages, pour tous les mois des Très Riches Heures dans mes billets ; il suffit de cliquer sur le lien Dessin Heures de Berry, à droite. Tu peux aussi consulter les très belles pages, avec animations, de l’Institut.
Commentaire par Gilles — 26 mars 2008 #